Affichage des articles dont le libellé est 13.SS-Division Handschar. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 13.SS-Division Handschar. Afficher tous les articles

lundi 15 mai 2017

Villefranche de Rouergue 1943, Mutinerie du SS-Gebirgs-Pioner-Bataillon 13


 

Au début de l’année 2017, HistoReich prend la direction de l’Aveyron, et plus précisément de Villefranche-de-Rouergue, une ville que j’apprécie particulièrement et où je retourne sur le terrain, sous un soleil généreux, sur les traces de la mutinerie d’une partie du SS-Gebirgs-Pionier-Bataillon 13 (SS-Geb.Pi.Btl. 13), appartenant à la Kroatische SS-Freiwilligen-Gebirgs-Division.

Cette unité est alors composée de volontaires croates originaires de Croatie et de Bosnie. La division balkanique ne porte pas encore le nom de « Handschar », qui ne lui sera officiellement attribué qu’à partir du 15 mai 1944.

Je précise toutefois que l’objectif de cet article n’est pas de revenir en détail sur les origines, le déroulement et les conséquences de la mutinerie — plusieurs ouvrages lui sont consacrés — mais bien de se rendre sur les lieux, de parcourir le terrain et de confronter les événements historiques aux paysages dans lesquels ils se sont déroulés.

Puisque nous ne sommes qu’à quelques dizaines de kilomètres du Tarn-et-Garonne, je vous propose ensuite de poursuivre ce retour sur le terrain en suivant les traces de la 2. SS-Panzer-Division « Das Reich », et plus particulièrement celles du SS-Panzer-Regiment 2, commandé par le SS-Obersturmbannführer Tychsen, dans le secteur de Caussade.

Un nouveau parcours historique d’une cinquantaine de kilomètres, à travers une région particulièrement agréable, qui permet de mêler histoire, mémoire et découverte du terrain. 

Visite du Grand Mufti de Jerusalem à la division. Une photo très intéressante puisque aux cotés du moustachu on y voit l'imam Halim Malkoc en uniforme

La mutinerie de la nuit du 16-17 septembre 1943

Il existe deux cas de mutinerie de Waffen-SS en France. Le premier concerne le III./Infanterie-Regiment 1 de la 30. Waffen-Grenadier-Division der SS, en août 1944. Le second est celui qui nous intéresse ici : la mutinerie d’une partie des effectifs du SS-Gebirgs-Pionier-Bataillon 13, dont les origines sont multiples.

La première cause

Le 10 février 1943, Adolf Hitler donne son accord à la création d’une division SS composée de volontaires originaires des Balkans. Le 1er mars 1943, à Zagreb, débute la constitution de la Kroatische SS-Freiwilligen-Division, placée sous le commandement du SS-Standartenführer Herbert von Oberwurzer et subordonnée au SS-Führungshauptamt.

Mais Ante Pavelić, chef de l'État croate, commence rapidement à pratiquer une politique d'obstruction systématique. Il reproche aux Allemands de détourner vers leur propre formation les recrues dont il a besoin pour l'armée régulière croate.

Malgré l'arrivée de volontaires, parmi lesquels environ 1 000 jeunes musulmans influencés par le Grand Mufti de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini, la campagne de recrutement connaît rapidement des difficultés. Les Allemands ont alors recours, quelques mois plus tard, à la conscription, rétablie par le gouvernement croate, mais également à des recrutements forcés. Plusieurs musulmans sont ainsi incorporés dans la formation allemande, au détriment de l'armée régulière croate.

Nous retrouvons donc, au sein de cette unité, des volontaires engagés de leur plein gré, des nationalistes croates issus ou proches de la milice oustachie, qui auraient préféré servir dans l'armée régulière d'Ante Pavelić, mais aussi des musulmans qui, pour certains, ne souhaitaient servir ni l'une ni l'autre de ces formations. À ces tensions s'ajoutent les violences intercommunautaires qui ensanglantent déjà la Croatie et la Bosnie, notamment contre les populations serbes.

Georges Bernage résume ainsi le contexte de cette période :

« Plus qu'une guérilla entre Allemands et Yougoslaves, le conflit qui régnera dans ce pays de 1941 à 1945 sera avant tout une guerre civile où Croates, Serbes et Bosniaques se massacreront avec beaucoup de cruauté et de haine. »

La deuxième cause

En raison de l'hostilité locale, des risques de désertion et de l'insécurité liée à l'activité des partisans communistes, la division est finalement envoyée en France à la fin du mois de juillet 1943 afin d'y poursuivre son instruction.

Pour certains nationalistes croates fidèles à Ante Pavelić, ce transfert est vécu comme une trahison de leur engagement. Ils s'étaient engagés pour combattre sur le territoire national et non pour être envoyés en France. Certains vont alors se révolter et rallier à leur mouvement des musulmans mécontents de leur situation, les tensions entre recrues catholiques et musulmanes étant déjà importantes.

Les antagonismes religieux et communautaires — entre catholiques, orthodoxes et musulmans — contribuent ainsi à entretenir un climat particulièrement tendu au sein de la formation. Quelques éléments se réclamant du communisme se joignent également à la mutinerie.

La troisième cause

Pour d'autres, la motivation est plus simple : déserter purement et simplement. Certains hommes comprennent alors que la vie militaire, et plus encore la guerre, n'est tout simplement pas faite pour eux.

Le 2 juillet 1943, l'état-major de la division est installé au Puy-en-Velay. La formation change alors d'appellation et devient la Kroatische SS-Freiwilligen-Gebirgs-Division, désormais subordonnée au V. SS-Gebirgs-Korps. Comme son nouveau nom l'indique, elle prend alors la vocation d'une unité de montagne, choix qui n'a rien de surprenant lorsque l'on connaît le relief des régions balkaniques dont sont originaires nombre de ses recrues.

Le 14 septembre 1943, l'état-major de la division est transféré à Mende.

C'est dans ce contexte particulièrement tendu que la mutinerie éclate dans la nuit du 16 au 17 septembre 1943. Dès le lendemain matin, elle est écrasée par d'autres unités de Waffen-SS croates, venues notamment de Rodez et de Mende, mais également par les éléments stationnés à Villefranche-de-Rouergue.

La mutinerie est sanglante, mais elle demeure avant tout le fait d'une minorité d'hommes. Il serait donc erroné de l'attribuer à l'ensemble du SS-Gebirgs-Pionier-Bataillon 13, et plus encore à la division dans son intégralité.

 

Les chefs rebelles

Mutinerie de villefranche de rouergue 1943
De gauche à droite : Dzanic, Matutinovic, Vukelic

Les chefs rebelles présentent une particularité importante : ils n'ont pas suivi le cursus habituel de formation des cadres de la Waffen-SS, que ce soit dans les SS-Junkerschulen pour les officiers ou à la SS-Pionier-Schule de Hradischko, en Bohême-Moravie, pour les spécialistes du génie.

Pour la plupart, leurs grades proviennent de leurs anciennes affectations au sein de l'armée croate. Leur parcours est donc très différent de celui, par exemple, des cadres de la 8. Französische Freiwilligen-Sturmbrigade, qui suivent le cursus de formation prévu pour les volontaires français intégrés à la Waffen-SS en 1943.

Dès la constitution de la division, des concessions sont ainsi accordées aux recrues croates. L'encadrement ne bénéficie pas toujours de la formation militaire, idéologique et politique dispensée aux cadres allemands et aux volontaires étrangers suivant le cursus classique de la Waffen-SS. Cette situation contribue à créer, au sein de la division, des différences importantes de formation et d'expérience entre les cadres.

Les principaux chefs de la mutinerie

SS-Untersturmführer Farid Džanić

Né le 7 septembre 1918 à Bihać, en Bosnie, Farid Džanić est musulman et communiste. Il déserte de l'armée croate, où il servait dans la protection des chemins de fer, avant de rejoindre les partisans de Tito en 1942.

Arrêté par les Allemands en juin 1943, il est interné dans un camp de prisonniers à Sarajevo. Il s'engage ensuite dans la division SS avec l'intention de l'infiltrer. Affecté comme Zugführer à la 1. Kompanie, il devient l'un des principaux instigateurs de la mutinerie et joue un rôle central dans son déclenchement.

SS-Hauptscharführer Eduard Matutinović

Né en 1923 dans un village de Croatie, Eduard Matutinović est catholique. Affecté comme Zugführer à la 5./Regiment 1, il profite de la confusion provoquée par la mutinerie pour déserter, emportant avec lui la caisse du bataillon.

Il disparaît ensuite dans la tourmente de la guerre et meurt en 1945 à Vukovar.

SS-Oberjunker Nikola Vukelić

Né le 18 mars 1924 à Gospić, en Croatie, Nikola Vukelić est catholique. Il s'engage dans la division et est ensuite envoyé à Dresde afin de suivre une formation dans le domaine du génie à la SS-Pionier-Kaserne.

À l'issue de cette formation, il obtient le grade de SS-Oberjunker et devient Kompaniechef de la 20./Regiment 1.

Son parcours est donc sensiblement différent de celui des autres cadres évoqués ici, puisqu'il bénéficie d'une véritable formation dispensée par la Waffen-SS.

SS-Oberscharführer Lutfija Dizdarević

Né en 1921 à Sarajevo, Lutfija Dizdarević est un Croate musulman. Il figure également parmi les cadres impliqués dans la mutinerie.

L'arrivée du bataillon

Le 6 août 1943, une partie du matériel du bataillon arrive en gare de Villefranche-de-Rouergue. La présence de ce matériel constitue l'une des premières manifestations concrètes de l'installation de l'unité dans la région.

Lorsque la mutinerie éclate, les insurgés craignent l'arrivée de renforts chargés de rétablir l'ordre, notamment en provenance de Rodez. La gare, point stratégique pour les communications et l'arrivée éventuelle de nouvelles troupes, est alors placée sous la surveillance armée des mutins.

Après l'échec de la révolte, les insurgés se replient vers le quartier de la gare, dans l'espoir de quitter rapidement la ville et de gagner la campagne. C'est dans ce secteur que vont se concentrer une partie des combats et des affrontements qui suivent l'écrasement de la mutinerie.

gare de villefranche de rouergue
Sur cette carte postale nous pouvons voir la gare qui n'a d'ailleurs pas changé depuis et c'est tant mieux
  

mutinerie de villefranche de rouergue
La gare heureusement encore en service de nos jours

mutinerie de villefranche de rouergue
Vue sur les quais, aucun train n'arrivera de Rodez la nuit de la mutinerie 

Les casernements

Le SS-Geb.Pi.Btl. 13 est cantonné dans différents établissements scolaires de Villefranche-de-Rouergue. La configuration vallonnée des environs, ainsi que la présence de l'Aveyron, offrent un terrain relativement adapté à l'instruction et aux exercices d'une unité du génie.

En revanche, la ville ne dispose pas de véritables infrastructures militaires capables d'accueillir une unité de cette importance. À une trentaine de kilomètres seulement se trouve pourtant le camp de Caylus, qui possède des installations militaires bien plus adaptées au cantonnement et à l'instruction des troupes.

Le collège municipal, qui sert notamment de cantonnement à la 1. Kompanie, est détruit après la guerre. Les bâtiments actuels ne permettent donc plus de retrouver exactement l'aspect des lieux au moment de la présence du bataillon.

Institution Saint-Joseph

L'Institution Saint-Joseph est également réquisitionnée par le bataillon. Elle sert notamment d'infirmerie au SS-Geb.Pi.Btl. 13.



Mutinerie de villefranche de rouergue 1943
Institution Saint Joseph de Villefranche accueillait l'infirmerie du bataillon SS

Mutinerie de villefranche de rouergue 1943
Institution Saint Joseph de Villefranche de Rouergue accueillait l'infirmerie du bataillon SS


Ecole primaire Jean Pendaries

Y est établie la 2./SS-Geb.Pi.Btl.13

Mutinerie de villefranche de rouergue 1943
vieille carte postale de l'école Jean Pendaries

mutinerie de villefranche de rouergue
L'école Pendaries de Villefranche de Rouergue, ancien cantonnement de la 2.Kompanie


Ecole Notre Dame

mutinerie de villefranche de rouergue


Hotel Moderne/Banque Populaire
 

Le 28 août 1943, plusieurs chambres de l’hôtel Moderne sont réquisitionnées pour loger une partie de l’encadrement allemand. Six officiers y prennent leurs quartiers, parmi lesquels le chef de bataillon, le SS-Hauptsturmführer Heinrich Kuntz, ainsi que le SS-Obersturmbannführer Oskar Kirchbaum, commandant de la place de Villefranche-de-Rouergue.

Quelques semaines plus tard, dans la nuit du 16 au 17 septembre, la mutinerie éclate. Vers minuit, une dizaine de rebelles font irruption dans l’hôtel Moderne et s'emparent des officiers allemands qui y sont cantonnés.

Les prisonniers sont ensuite conduits à l'École primaire supérieure de jeunes filles, où se trouve le poste de commandement du bataillon. C'est là que plusieurs des officiers capturés seront finalement exécutés par les mutins.


mutinerie de Villefranche de rouergue
L'Hôtel Moderne avant la guerre

mutinerie de villefranche de rouergue
L'hôtel moderne est la banque Populaire à devanture bleue sur notre droite


Ecole primaire supérieure des jeunes filles

 

L'école abrite à la fois le poste de commandement du bataillon et la Kommandantur. C'est ici que sont conduits les officiers capturés dans la nuit par les mutins, avant d'être assassinés.

Un seul officier parvient à échapper à ses ravisseurs : Alexander Michawetz, Kompaniechef de la 1. Kompanie. Blessé par balle au cours de sa fuite, il réussit néanmoins à quitter les lieux et trouve refuge sur les hauteurs de Villefranche-de-Rouergue, où il parvient à se dissimuler jusqu'à l'arrivée des troupes restées fidèles.


SS-Obersturmführer Michawetz
Mutinerie de villefranche de rouergue 1943
le PC du bataillon où ont été exécutés les officiers allemands est aujourd'hui détruit

Parc mémorial des croates

 
Le parc mémorial des croates a fait l'objet d'un article sur HistoReich 
 
Mutinerie de villefranche de rouergue 1943
Parc mémorial des Croates avant son réaménagement

Bilan

On l'a vu, la motivation principale des mutins n'était pas de libérer Villefranche-de-Rouergue des Allemands, et encore moins de libérer la France. Les raisons de la crise étaient bien antérieures à leur arrivée en France et remontaient à la création même de la division, en Croatie.

La mutinerie fut finalement un échec total. Elle ne dura que quelques heures et, à aucun moment, Villefranche-de-Rouergue ne fut véritablement « libérée ». Les éléments restés fidèles du SS-Gebirgs-Pionier-Bataillon 13 finirent eux-mêmes par écraser la rébellion. Les mutins ne contrôlèrent d'ailleurs jamais l'ensemble de la ville ni la totalité des troupes présentes sur place.

La population civile se retrouva pourtant directement exposée aux conséquences de cette insurrection. Les habitants se terrèrent chez eux, avec l'interdiction de sortir sous peine d'être exécutés. La loi martiale fut instaurée et, dans une ville plongée dans l'incertitude, chacun pouvait craindre les conséquences des combats et des règlements de comptes.

Un autre point mérite d'être souligné : contrairement à ce qu'a pu écrire Georges Bernage dans un article publié par 39-45 Magazine, la Résistance locale, qu'elle soit FTP ou FFI, ne semble avoir joué aucun rôle dans le déroulement de la mutinerie.

Lorsque les rebelles prennent position à la gare de Villefranche-de-Rouergue, leur objectif est notamment de pouvoir s'opposer à l'arrivée d'éventuels renforts en provenance de Rodez. Ceux-ci arriveront finalement par la route. Or, si la Résistance locale avait réellement été active dans cette affaire, elle aurait pu tenter de saboter la voie ferrée au moment opportun, ce qui aurait constitué une action beaucoup plus efficace et moins risquée qu'un affrontement direct aux abords de la gare.

Plus encore, les renforts arrivés par la route rejoignent Villefranche-de-Rouergue sans rencontrer d'opposition, sans guet-apens ni attaque de la Résistance.

Il faut donc se garder de transformer a posteriori cette mutinerie en une opération de résistance française. Les éléments dont nous disposons ne montrent pas d'intervention significative des FTP ou des FFI dans son déroulement. La rébellion reste avant tout une crise interne à une unité croate de la Waffen-SS, née des tensions accumulées depuis la constitution de la division en Croatie. Après la guerre, comme cela s'est produit pour de nombreux épisodes complexes de la période, certains milieux communistes chercheront toutefois à récupérer politiquement la mutinerie.


Les victimes inhumés à Rodez  

20 septembre 1943, Rodez. Convoi funéraire des victimes germaniques

Les corps des officiers allemands exécutés lors de la mutinerie sont inhumés dans l'après-midi du 20 septembre 1943, à Rodez.

Après la guerre, leurs dépouilles sont exhumées puis transférées au Deutscher Soldatenfriedhof de Dagneux, dans l'Ain, où elles reposent encore aujourd'hui.

Je ne me suis pas encore rendu sur place, mais ce cimetière présente également un autre intérêt pour nos recherches : des Français ayant servi au sein de la 8./Rgt. 3 de la Division Brandenburg y sont également inhumés.

Une visite de Dagneux s'impose donc à l'occasion d'un prochain retour sur le terrain. 

SS-Obersturmbannführer Oskar Kirchbaum
 
SS-Standartenführer Oskar Kirchbaum né le 26 août 1895 à Warazdin en Croatie.
Il repose au bloc 6 rangée 18 tombe 619.
Notons que Oskar Kirchbaum a été élevé au rang de SS-Standartenführer à titre posthume, chose courante dans l'armée allemande, qui sert souvent à améliorer la rente pour la veuve.

SS-Obersturmführer Gerhard Kretschmer
 
SS-Obersturmführer Gerhard Kretschmer né le 21 avril 1904 à Görlitz. 
Il repose au bloc 6 rangée 17 tombe 607

SS-Obersturmführer Julius Galantha
 
SS-Obersturmführer Julius Galantha né le 2 décembre 1905 
Il repose au bloc 6 rangée 17 tombe 605
 
SS-Hauptsturmführer Heinrich Kuntz
 
SS-Hauptsturmführer Heinrich Kuntz né le 8 août 1905 à Alt-Werbas, Verbászdans le Banat.
Il avait étudié à l'École supérieure d'architecture de Munich. Architecte, il a en charge la construction d'une église et du tribunal de district de Kula dans sa ville natale. Marié avec trois enfants. 
C'est un ancien de la SS-Freiwillige Division "Prinz Eugen".  La division recrutait massivement parmi les Volksdeutsche du Banat, de Serbie, de Croatie et de Voïvodine.
Il repose au bloc 6 rangée 18 tombe 617
 
SS-Obersturmführer Anton Wolf né le 6 janvier 1894 à Sremski-Karlovci en Serbie
Il repose au bloc 6 rangée 17 tombe 603
   

Les mutins

Les bandits sont traqués dans les rues de Villefranche de Rouergue. la scène se passe après la nuit tragique puisque les armes sont baissées, le groupe n'est plus en formation de combat.
 

Entre 15 et 20 mutins auraient été tués par leurs anciens camarades, certains étant abattus dans les rues de la ville alors qu'ils tentaient de résister les armes à la main. D'autres, parmi lesquels le SS-Mann Nikola Vukelić, préalablement dégradé pour l'occasion, sont exécutés devant un peloton.

Une fois encore, je renvoie le lecteur à mon article consacré au parc mémorial des Croates, qui revient plus en détail sur le sort réservé aux mutins après l'échec de la révolte.

Comme le décrit Nicolas Camatta, certains des hommes impliqués dans la mutinerie sont finalement exclus de la Waffen-SS. Ils sont alors affectés comme travailleurs, tandis que les plus réfractaires sont envoyés en camp de concentration. Une pratique qui n'est d'ailleurs pas exceptionnelle à l'époque : certains Français de la LVF, qui refusent leur transfert dans la Waffen-SS en 1944, connaissent également un sort similaire.

Pour la population de Villefranche-de-Rouergue, et c'est finalement l'essentiel à retenir, aucune victime civile n'est à déplorer. Les quelques habitants interpellés au cours des événements sont rapidement relâchés et ne font l'objet d'aucune poursuite judiciaire.

Après la mutinerie

Le 1er octobre 1943, l'imam militaire Halim Malkoč est promu SS-Hauptsturmführer et reçoit la Croix de fer de 2e classe, récompensant son rôle dans la répression de la mutinerie.

Le même mois, la Kroatische SS-Freiwilligen-Gebirgs-Division, et avec elle le SS-Geb.Pi.Btl. 13, quitte la France pour poursuivre son instruction et son organisation dans le Reich.

En février 1944, la division est engagée en Yougoslavie contre les partisans de Tito. Elle participe alors aux opérations de lutte contre la guérilla, mais se rend également coupable de nombreuses atrocités contre les populations civiles.

À partir de l'automne 1944, les Allemands remettent en question la fiabilité d'une partie de leurs recrues bosniaques et musulmanes. En octobre 1944, ils décident finalement de démobiliser une partie de ces combattants, jugés insuffisamment disciplinés et peu fiables, tandis que la division elle-même connaît de profondes transformations dans les derniers mois de la guerre. 

Waffen SS de la 13. Waffen-Gebirgs-Division der SS "Handschar"
1944. Waffen SS de la 13. Waffen-Gebirgs-Division der SS "Handschar"
 
A la fin de la guerre, le reste de la division est en Autriche et n'est plus réduite qu'à une Kampfgruppe "Handschar". Les derniers "combattants" se rendent aux Britanniques le 7 mai 1945. Laissons le dernier mot à l'historien et éditeur Georges Bernage :
 
"La politique menée par Himmler aura conduit à la mise sur pied de trois divisions musulmanes dans les Balkans (il y eu aussi la division albanaise Skanderberg). Mais ce seront les trois plus mauvaises divisions de la Waffen SS et qui laisseront derrières elles un sillage sanglant."
 

Le sort du SS-Hauptsturmführer Halim Malkoc

 
SS-Hauptsturmführer Halim Malkoc

Après la guerre, l'imam Malkoc est condamné à 11 ans de travaux forcés par le tribunal militaire de Sarajevo puis condamné à mort "au nom du peuple" pour la répression de la mutinerie. Naturellement durant le procès, il n'avait pas d'avocat ainsi le jugement était connu d'avance. Il est exécuté le 8 février 1947. Fidèle aux Allemands jusqu'à sa mort, son corps n'a jamais été retrouvé.
 

La mutinerie des Ukrainiens


En août 1944, le II.Bataillon du 1.IR de la 30.Waffen Grenadier der SS  composé d'Ukrainiens se mutinait à son tour dans l'est de la France. Après avoir massacré plus de 200 Allemands de l'encadrement, ils réussirent à rejoindre les rangs de la Légion Etrangère française pour combattre l'Allemagne, de manière peu vigoureuse il est vrai. Après la capitulation allemande et suivant les accords passés entre les Alliés, la France les livre aux mains des Soviétiques, qui s'empressèrent de les exécuter. D'autres plus chanceux et qui étaient alors en permission en France, arriveront à se faire oublier parmi la population.
 
Monument aux morts de la guerre 1870 de Villefranche de Rouergue
Monument aux morts de la guerre 1870 de Villefranche de Rouergue
 

Puisque nous sommes à Villefranche-de-Rouergue, profitez-en pour faire un détour par le monument aux morts de la guerre de 1870, situé à proximité de la mairie. C'est un monument particulièrement réussi, notamment par la qualité de ses bronzes, qui méritent vraiment le coup d'œil.

Enfin, puisque nous ne sommes qu'à quelques dizaines de kilomètres du Tarn-et-Garonne, je vous invite à poursuivre ce retour sur le terrain en suivant les traces de la 2. SS-Panzer-Division « Das Reich », et plus particulièrement celles du SS-Panzer-Regiment 2, commandé par le SS-Obersturmbannführer Tychsen, dans le secteur de Caussade.

Un nouveau parcours d'une cinquantaine de kilomètres, à travers une région particulièrement agréable, qui permettra de prolonger cette découverte historique tout en profitant des paysages du Tarn-et-Garonne (et de l'Aveyron).

 

Nous Lirons

 
Pour comprendre la situation en Yougoslavie durant la seconde guerre mondiale nous lirons :

39-45 Magazine n°76 "Yougoslavie 1941-1945" mais nous éviterons 39-45 Magazine n°135 sept 97 dont l'article daté et s'appuyant sur les écrits idéologiques et non pas historiques d'un militant communiste comporte malheureusement de nombreuses erreurs.

"17 septembre 1943 mutinerie à Villefranche de Rouergue" de Nicolas Camatta. Auto-édité
L'auteur a quelques lacunes dans l'Armée allemande et ça se lit à la lecture de l'ouvrage, par exemple le "Nachrichten.Abteilung" qui est signalé comme "bataillon de signal" (sic), le Feldpostnummer non remarqué. Il faut dire que Nicolas Camatta s'est appuyé sur le livre de George Lepre ce qui explique beaucoup de choses sur ce point. Certes le livre a des défauts mais il a aussi ses qualités notamment de remettre les pendules à l'heure sur les mythologies d'après-guerre. Un indispensable et le seul. 

samedi 25 mars 2017

Mutinerie du SS-Gebirgs-Pionier-Bataillon 13 à Villefranche de Rouergue 1943


Aujourd'hui, je suis en Aveyron à Villefranche de Rouergue. Le paysage dans cette région est franchement magnifique, vallonnée avec une météo bien chaude l'été et avec un population à l'accent typique mais agréable, du moins quand on le comprend. Dans cet article, je vais faire un retour sur le terrain concernant la mutinerie ratée d'une partie du SS-Pionier-Bataillon 13 de la Kroatische SS-Freiwilligen-Gebirgs-Division et je commence par la fin de l'histoire en me rendant au monument aux fusillés, appelé "Parc mémorial des Croates" jadis "le champ des martyrs". 

Qui était les fusillés ?

Il s'agit de Croates originaires de Croatie et de Bosnie, nationalistes catholiques, musulmans,  communistes qui s'étaient engagés dans les rangs de la Waffen SS au sein du SS-Gebirgs-Pionier-Bataillon 13 de la Kroatische SS-Freiwilligen-Gebirgs-Division, des sapeurs du génie d'une division de montagne de la Waffen SS.

Volontaires Croates de la 13ème Division SS Handschar

Indisciplinés militairement, politisés à l'extrême et même infiltrés par des éléments communistes, quelques éléments du bataillon, 150 au maximum face aux 500 voir 1000 hommes qui composent ce bataillon se soulèvent en exécutant une partie de l'encadrement germanique mais aussi en faisant le coup de feu contre leurs propres compatriotes qui n'ont pas suivi la révolte.
La mutinerie est rapidement écrasée par les hommes du bataillon qui n'ont pas suivi les "bandits" pour reprendre le vocabulaire de l'époque. Certains mutins sont exécutés à Villefranche de Rouergue le jour même.

Croates ou bosniaques ?

En 1943, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine était une même et seule nation l'Etat indépendant de Croatie dirigé par le très nationaliste Croate Ante Pavelic. La région de Croatie était catholique et la région de Bosnie était musulmane. Ils étaient donc tous d'une même nationalité : Croate.

Le parc des Croates de plus en plus entouré de maisons

Le parc situé sur la route de Rodez avait été réquisitionné par les Waffen-SS pour y mettre les chevaux du bataillon. Après l'échec de la mutinerie le 18 septembre 1943, 14 rebelles sont emmenés dans ce champ pour y être fusillés un à un comme c'est la règle dans l'armée allemande. Un SS-Rottenführer est présent pour donner le coup de grâce avec son pistolet.

Il y a parmi eux 8 SS-Pionier, 1 SS-Sturmmann, 2 Rottenführer, 2 SS-Unterscharführer et 1 SS-Oberjunker. Les gradés perdent naturellement leur galons.
 
1948. Vue aérienne du champ où sont enterrés les mutins du SS-Bataillon.  Une stèle y est déjà installée.

La fosse à peine recouverte de terre, les chiens ne tardent pas à déterrer les cadavres sans parler de l' odeur épouvantable de corps en décomposition qui émane du champ, ils manquaient un peu de chaux.
Le 15 octobre 1943, un détachement de soldats allemands vient recouvrir les cadavres de 600 kg de chaux.
Près d'un an plus tard, le 5 octobre 1944, une demande d'exhumation des corps est demandé par le maire de Villefranche de Rouergue au préfet de l'Aveyron. Une demande acceptée le 11 octobre 1944 mais l'exhumation prend du retard à cause d'une météo capricieuse.
Le 11 octobre 1945, un an après la demande, le ministère des anciens combattants décide finalement de maintenir les corps en place.
Le 8 octobre 1950, un monument est érigé par le gouvernement communiste yougoslave. Ce qui a un côté ironique puisqu'il s'agit tout de même de Waffen SS et certains rebelles étaient très loin d'être communistes.
Le 17 septembre 2006, un nouveau mémorial, l'actuel, est inauguré. Le statues sont offertes par le gouvernement croates et le reste est financé par les français (Etat, région, commune).

Parc mémorial des Croates en 1997

Le monument est totalement différent de l'actuel. Il a été érigé par le gouvernement communiste yougoslave, le terrain appartenait d'ailleurs à la Yougoslavie depuis 1951 mais depuis la scission du pays, aucun pays ne le revendique et l'entretien revient à la ville.

Depuis 1950, la stèle apposée après la guerre a bien évolué
 
mutinerie du SS bataillon Handschar de villefranche de Rouergue
1997. Le monument érigé par les communistes yougoslaves, l'étoile rouge fait sourire lorsque l'on sait que dessous il y a des oustachis.
 
Sur la plaque commémorative où figurait une étoile rouge était inscrit :

"Ici reposent, les combattants yougoslaves qui tombèrent loin de leur patrie sous les balles de l'ennemi nazi à la suite de l'insurrection de Villefranche de Rgue du 17 septembre 1943"
"Les balles de l'ennemi nazi" étaient tout de même celles de Waffen SS croates qui n'avaient pas adhéré à la mutinerie. Les mutins ont été exécutés par leurs propres compatriotes. Il est aussi surprenant de voir l'étoile rouge, honorée des militants oustachis fortement anti-communistes et souvent antisémites. 
Cette plaque est conservée au musée municipal.

mutinerie du SS bataillon Handschar de villefranche de Rouergue
le mur où s'appuyait l'ancien monument est toujours en place
 

Parc mémorial des Croates en 2017


PARC MEMORIAL DES CROATES
Le mémorial pas spécialement bien indiqué est situé sur l'ancienne route de Rodez
PARC MEMORIAL DES CROATES
l'entrée du parc mémorial, les drapeaux retirés, brille par sa sobriété. il est facile de passer à côté sans le remarquer   
PARC MEMORIAL DES CROATES
PARC MEMORIAL DES CROATES
La place des révoltés avec ses statues représentant des hommes tombant sous les balles. On note l'influence de Rodin dans les sculptures de Vanja Radaus
PARC MEMORIAL DES CROATES
Peut être le seul mémorial élevé en France en mémoire de Waffen SS
PARC MEMORIAL DES CROATES
Le mère patrie est symbolisée par cette statue, réalisée en 1952 la statue a été donnée par la ville de Pula en 2006
PARC MEMORIAL DES CROATES
PARC MEMORIAL DES CROATES

La plaque


Aux martyrs
combattants pour la liberté
qui s'insurgèrent contre le nazisme
le 17 septembre 1943
à Villefranche de Rouergue
reposant ici et en des lieux inconnus
Leurs compatriotes
de Croatie et de Bosnie Herzégovine
les Villefranchoises et les Villefranchois
fidèlement reconnaissants

Nous lirons


"17 Septembre 1943, mutinerie à Villefranche de Rouergue" de Nicolas Camatta.
Même si l'auteur, Nicolas Camatta ne maitrise pas les rouages de l'armée allemande il s'agit à mon avis du meilleur livre sur le sujet. Pas facilement trouvable car auto-édité, l'auteur balaie d'un revers de sa plume les vieux textes et articles erronés (à des fins militantes) que l'on trouvait dans les magazines mais aussi sur le net.

Liens