mardi 5 mai 2026

Le dernier combat du SS Obersturmführer Rudolf Wildhagen

Cette fois-ci, et ce n'est pas souvent, je vais au cimetière militaire allemand de Marigny. La dernière fois, nous avions vu la tombe du SS-Obertsurmbannführer Tychsen et maintenant je parcours les blocs, les allées pour me rendre devant la stèle d'un autre officier de la division "Das Reich". Malheureusement, les informations concernant sa Kompanie en Normandie sont lacunaires. 

Qui est Rudolf Wildhagen ? 

 
Rudolf Wildhagen est né à Hannovre en Basse-Saxe, le 6 novembre 1921.
Comme nous allons le voir il a fait toute sa carrière au sein de la SS-Division "Das Reich"
En 1941, à l'âge de 19 ans, il est SS-Rottenführer au SS-Panzerjäger.Abteilung 2.
En 1942, il est SS-Standartenoberjunker en tant que Zugführer (chef de section) à la 1./SS-PzJg.Abt 2. Son unité combat sur le front de l'est dans le secteur de Kharkov, le Don à l'été 1942 et le Caucase.
Il devient SS-Untersturmführer au sein du III./SS-Panzer.Regiment 2 en 1943. Le SS-Panzer-Regiment comprend III.Abteilungen et est engagé lors de l'Opération Citadelle à Koursk mais après la bataille titanesque l'Abteilung est dissoute. 
Le 9 novembre 1943, Wildhagen est nommé SS-Obersturmführer et commande la 8./SS-Pz.Rgt.2. Sa Kompanie est sous les ordres du  SS-Sturmbannführer Dieter Kesten  03/04/1945) qui est à la tête de la II. Abteilung du Panzer-Regiment 2.
 

La 8.Kompanie à Caylus

 
Le camp de Caylus est appelé le "Berglager Caylus", le "camp de montagne de Caylus" par les Allemands. Le relief est vallonné, des côtes à 7-9%, comme le montre cette vue prise depuis La Capelle-Livron, à proximité du camp. 
 
Début 1994, après les durs combats sur le front de l'Est, le Panzer-Regiment de la "Das Reich" est reconstitué en Gironde puis en Occitanie, dans le Tarn et Garonne. Si plusieurs Kompanien prennent place à Caussade et à Septfonds. Celle de Wildhagen prend ses quartiers au Camp militaire "Les Espagots", un vaste terrain militaire, toujours actif, situé à côté du village de Caylus
 
La 8.Kompanie de Wildhagen est constituée temporairement de Stug.III. Une belle version de ce chasseur de char est exposé au Panzermuseum de Munster.

Contrairement aux autres Panzer-Kompanien, la 8. Kompanie n'a pas encore reçu ses Panzer IV et se contente, pour l'instruction, de treize Sturmgeschütze de l'ancienne 11.Kompanie. Toutefois seize Panzer IV seront livrés à l'arrière du front de Normandie à la fin juin 1944, mieux vaut tard que jamais. 
 
Un Panzer IV Ausf H, dépourvu de Schürzen, de la 8./SS-Pz.Rgt 2 immobilisé à Saint-Denis-Le-Gast
  

L'Opération Cobra 

Le 25 juillet, les Américains lancent l'opération Cobra destinée à percer le front. Le bombardement de préparation couvre une zone de dix kilomètres sur deux entre Périers et Saint Lô, le secteur tenu par la Panzer-Lehr Division qui est, de ce fait, durement touchée. La 2.SS-Panzer-Division "Das Reich", tout comme les restes de la 17. SS-Panzergrenadier Division "Götz von Berlichingen" qui couvraient le secteur gauche de la Panzer-Lehr sont menacées d'encerclement. Les Américains ont percé, leurs troupes sont au nord, à l'est et bientôt au sud.

Carte des positions connues des blindés de la "Das Reich" au matin du 27 juillet 1944. 

Le 27 juillet 1944 

Sous la pression, Les troupes allemandes sont contraintes au repli, la "Das Reich", en défense, livre des combats retardataires. Pour la 90th Infantry Division, la ville de Périers, quasiment détruite par l'artillerie américaine les jours précédents, ouvre la voie vers Coutances.

Dès le matin, le 712th Tank Battalion et le 359th Infantery Regiment sont au nord de Périers, mais ils sont retardés dans leur avancée par les nombreux champs de mines. En attendant, les Waffen SS de la "Das Reich", de la "Götz von Berlichingen" et d'autres fantassins isolés (comme par exemple les parachutistes du Fallschirmjäger-Regiment 6), constituent tant bien que mal une nouvelle ligne de front. Un Kampfgruppe est constitué et cinq Panzer IV, dont celui du SS-Obersturmführer Wildhagen, prennent alors position à "La Calfeutrerie" à environ 1,5 kilomètres au sud de Périers, pour bloquer l'axe sur Coutances

Sur cette carte. Périers au nord où les blindés du 712th Tank Battallion viennent d'arriver. Au sud, la Kampfgruppe est positionnée dans le secteur de "La Calfeutrerie". Un Stuart explose lors de la tentative de contournement.

Entre 15h30 et 16h00, le premier peloton de la Company D du 712th Tank Battalion pénètre dans Périers en reconnaissance avant de poursuivre sa route, en direction de Coutances, sur l'actuelle D 971. C'est à ce moment précis que la Kampfgruppe se fait repérer par l'avant-garde américaine. Les modestes Stuart, ces chars légers de 15 tonnes à peine armés d'un canon de 37 mm, marquent aussitôt l'arrêt dans l'attente des Sherman, en soutien, de la Company B.

Victimes des Allemands  

A leur arrivée, l'un des Sherman ouvre le feu sur les Panzers, tandis qu'une colonne blindée (une section du troisième peloton de la Company D et une section de la Company B), appuyée par un peloton d'infanterie, tente de contourner la Kampfgruppe par l'est, s'engageant sur une route étroite et parallèle.  

Manque de chance, les Allemands avaient devancé leurs mouvements et piégé le chemin. Après avoir parcouru un kilomètre et demi, la colonne arrive à une intersection. "Boum !" Le Stuart de tête explose sur une mine antichar artisanale, chargée d'environ 180 kg de TNT. Le char est projeté dans les airs par la violence de l'explosion. Le conducteur et le mitrailleur de caisse sont tués, tandis que le tireur et le chef de char sont grièvement blessés. Deux soldats du 359th Infantery Regiment perdent également la vie. 

Au sud de Périers, une stèle est érigée au carrefour où le char de tête a sauté sur un mine allemande. La colonne américaine devait continuer sa route tout droit, le bocage normand dans toute sa splendeur.  

Mais pour les tankistes de la "Das Reich", le répit fut bref. A 19h10, les Panzers, submergés par l'ennemi, sont signalés détruits. Quatre des cinq blindés sont effectivement mis hors de combat. Après quelques recherches, notamment dans les archives américaines, trois Panzers ont été détruits en combat rapproché par des tirs de bazooka et le quatrième par l'artillerie. Tragiquement le char de Wildhagen figure parmi les victimes. L'officier est officiellement déclaré mort ce 27 juillet 1944.

La tombe du SS-Obersturmführer Rudolf Wildhagen

Le Kompanieführer Rudi Wildhagen est inhumé au cimetière militaire allemand de Marigny au bloc 2, rangée 28, tombe 1059. Il partage sa croix avec le jeune SS-Grenadier Horst Döring.

La résistance du SS Obersturmführer Rudolf Wildhagen
Cimetière militaire allemand de Marigny

La tombe de l'Ostuf. Rudolf Wildhagen à Marigny

Le cimetière militaire allemand de Marigny

 
La résistance du SS Obersturmführer Rudolf Wildhagen
Cimetière militaire allemand de Marigny
 
Le Deutscher soldaten Friedhof de Marigny se situe en rase campagne à 2 kilomètres du village de Thèreval dans la Manche.
Créé après la guerre, forcément, des soldats américains mais aussi allemands (4 246) y étaient enterrés. Dans les années 50, les dépouilles américaines sont transférées à Saint Laurent sur Mer mais celles des Allemands restent sur place et sous administration française, le nombre de morts monte à 5 713. 
 
Le cimetière est réaménagé de 1958 à 1960 et inauguré par le Volksbund le 2 septembre 1961. De nouvelles dépouilles provenant des villages ou bien tout simplement retrouvées pendant des travaux viennent agrandir le cimetière qui compte maintenant 11 169 personnes inhumées.

Rassemblant principalement les victimes de cette région de Normandie, on y trouve des marins, des pilotes, des soldats de la Panzer-Lehr Division, de la 17. SS-Panzer-Grenadier Division "Götz von Berlinchingen", de la Das Reich... 

La résistance du SS Obersturmführer Rudolf Wildhagen
Cimetière militaire allemand de Marigny

Sur le sujet nous lirons

 
"Opération Cobra" de Georges Bernage aux éditions Heimdal
Panzers Normandie 44 "SS-Panzer-Regiment 2 DR" de Stephan Cazenave au éditions Maranes
Panzerjäger SS-Pz.Jg.Abt.2 de Pierre Tiquet aux éditions Heimdal
Historica n°67 Opération Cobra aux éditions Heimdal 
After Action Report 709th Tank Battalion July 44-April 45
After Action Report 90th Division July 1944
After Action Report VIII Corps   

Liens 

mercredi 1 avril 2026

La mort accidentelle de l'Uffz Gerhard Birke de la Schlageter

Je me rends une nouvelle fois au cimetière militaire allemand de Bourdon, dans la Somme, pour voir la tombe d'un pilote de chasse de la JG 26 "Schlageter", mort bêtement en 1943. En effet, il n'y a pas que des morts « glorieuses » au combat, il y a aussi des accidents à l'issue tragique qui auraient pu être évités, celui de Gerhard Birke en fait partie.

Le cimetière militaire allemand de Bourdon dans la Somme
 
Gerhard Birke a fait toute sa carrière au sein de la Schlageter. Enfant de la Thuringe Il était né le 15 avril 1922, à Buchwald.
Sa première victoire a lieu le 24 mars 1942 lorsqu'il abat un Spitifire. Le 20 juin, il en abat un second près de Calais et huit jours plus tard un troisième près d'Hastings en Angleterre. 
Le 31 juillet 1942, il ajoute un quatrième Spitfire mais durant les combats son avion Fw 190A-2 "Blanc 5" est touché. Birke est blessé mais parvient néanmoins à ramener son appareil à Abbeville. 

L'accident de Vitry-en-Artois 

Le dimanche 16 mai 1943, il est déjà 20 h 30 passé lorsqu'une Schwarm de quatre Focke-Wulf Fw 190 de la 4./JG 26 "Schlageter"s'apprête à décoller de la Flugtplatz de Vitry-en-Artois, dans le Pas de Calais.  

La mission est un vol d'entraînement à l'interception nocturne (Nachtjagdausbildung), il s'agit d'intercepter un Dornier Do 17 dont la faible vitesse permet aux Fw 190 de s'exercer aux approches par l'arrière sous différents angles de tir, en utilisant uniquement les lueurs d'échappement ou les projecteurs au sol.

Uffz. Gerhard Birke 4./JG 26

Alors qu'ils sont encore au sol, le jeune Gerhard Birkeâgé de 21 ans, sangle ses harnais, puis ses mécaniciens l'aident à démarrer le puissant moteur en étoile de son Fw 190A-5 "Blanc 3". La canopée est refermée, il ouvre les gaz avec sa main gauche. Il est suivi par le Leutnant Ernst Heinemann, qui ferme la formation pour le décollage. Birke n'a pas encore dégagé la zone ou pris suffisamment de distance lorsque Heinemann accélère prématurément.

Trahi par le champ de vision frontal limité du Fw 190Heinemann pousse son moteur BMW à plein régime lorsqu'il percute l'avion de Birke par l'arrière. Les pales de l'hélice tranchent la dérive, puis l'empennage se détache sous la force de l'avion d'Heinemann avant d'atteindre le poste de pilotage de Birke. C'est une catastrophe.

Un Fw 190 de la JG 26 bien connu. Comme nous pouvons le deviner sur cette photo, le champ de vision frontal du pilote est très limité lorsque l'appareil est au sol.

Heinemann est blessé. Il souffre d'un traumatisme crânien dû au choc. Des hommes l'extraient du cockpit mais ses jambes sont brisées, son moteur ayant reculé de plusieurs centimètres dans le cockpit ! 
Le cas de Gerhard Birke est encore plus dramatique : il a été tué dans son cockpit ; la blessure qu'il a reçuà la base du crâne était malheureusement incompatible avec la vie.

L'Unteroffizier aux 5 victoires est enterré avec les honneurs au Heldenfriedhof d'Abbeville, le carré allemand du cimetière municipale de la ville.

Sa tombe au cimetière militaire de Bourdon 

En 1954, après la guerre, la France et l'Allemagne signent une convention visant à regrouper les sépultures militaires allemandes éparpillées sur le territoire français. Plusieurs cimetières militaires sont ainsi créés dans différentes régions, comme en Normandie, en Alsace, en Bretagne, etc.

Deutscher Soldatenfriedhof Bourdon

À partir de 1961, le Volksbund a commencé à exhumer les soldats allemands inhumés dans les cimetières des départements de la Somme, du Nord et du Pas-de-Calais. Le Heldenfriedhof d'Abbeville a donc disparu, il n'en reste plus rien aujourd'hui. Après de longs travaux, le cimetière militaire allemand de Bourdon a été inauguré le 16 septembre 1967.

 

 

Le jeune Gerhard Birke repose au bloc 32, rangée 10, tombe 368.
Il partage sa croix avec le Lt. Helmut Ufer dont j'avais écrit un article ici

La tombe de l'Uffz. Gerhard Birke de la 4./JG 26 "Schlageter"

Plan du Deutscher Soldatenfriedhof Bourdon où se trouve le carré 32
 

 

Liens 

 
L'association Somme-aviation 39/45 
L'association Ansa 39/45