vendredi 13 février 2026

Je visite le Kongresshalle à Nuremberg

En 2005, alors que je me trouvais en déplacement professionnel à Nuremberg pendant deux jours, je suis allé voir le Zeppelinfeld et j'ai marché sur la Große Straße pour voir le gigantesque Kongresshalle. Mon temps était toutefois limité, car je devais prendre mon avion en fin d'après-midi, mais c'était toujours mieux que rien. Malheureusement, je n'y suis pas retourné depuis.


Le Kongresshalle 

En 1934, le chancelier Adolf Hitler demande d'agrandir le site du congrès du parti qui se déroulaient auparavant sur le Luitpoldarena. De son côté, l'architecte Ludwig Ruff et son fils Franz Ruff (architecte de la Braunes Haus à Nuremberg), proche du Gauleiter Julius Streicher, travaillaient sur un amphithéâtre depuis 1933. Les plans on été proposés à Adolf Hitler, qui les a approuvé en juin 1934, mais deux mois plus tard, Ludwig Ruff décède et son fils, Franz, reprend le projet. Albert Speer n'est donc pas responsable, ni l'architecte de ce bâtiment. 

Le Kongresshalle fait tout de même parti du Reichsparteitagsgelände, vaste complexe du congrès annuel du NSDAP. 

Le Kongresshalle terminé devait ressembler à ça

Inspiré du Colisée de Rome, il devait faire 118 000 m2, mesurer 275 mètres de large, 265 mètres de profondeur et 70 mètres de haut. Par rapport à une forme circulaire, sa forme en fer à cheval, similaire à celle du futur grand stade, était conçue pour limiter le bruit et la chaleur dégagée par les 50 000 personnes qui devaient se tenir dans le bâtiment. 

La première pierre (Grundstein) est inaugurée par Adolf Hitler durant une cérémonie officielle, le 11 septembre 1935. 

Sur cette photo, au dessus de la pancarte Grundstein, la première pierre du Kongresshalle. Un coffre a été versé à l'intérieur et la pierre refermée par un couvercle. Aujourd'hui, personne ne sait où elle se trouve.

La construction n'est pas simple, car le sol est assez humide, marécageux. Les travaux pour les fondations ont duré deux ans. Il a fallu enfoncer 22 000 piliers en béton de 16 mètres dans le sol. D'ailleurs pour cette raison, en dehors de l'aspect symbolique, le lieu choisi n'est pas vraiment approprié, ni pour le Zeppelinfeld, ni pour le Kongresshalle.    

Les blocs de granit sont de belles dimensions

En 1937, 1 400 personnes travaillent en permanence sur le chantier. Des travailleurs du camp de Flössenburg travaillent aussi à l'extraction des blocs de granit dans les carrières. 

En 1939, les travaux sont interrompus, puis repris l'année suivante pour être définitivement arrêtés en 1943. 

Le Kongresshalle il y a vingt ans, le gros oeuvre était quasiment terminé 

Sur cette vue nous voyons la forme de fer à cheval et ses deux ailes 

Le bâtiment est en bon état, la construction était de qualité contrairement  à la Zeppelinhaupttribune 

Lorsqu'il y a du soleil, la pierre est magnifique 

Une entrée latérale d'une des deux ailes

La face avant de l'aile gauche, très national-socialiste 

Et maintenant nous entrons à l'intérieur

L'intérieur du hall devait accueillir 40 000 places assises entourées de 88 colonnes et 10 000 places debout, soit l'équivalent d'un stade foot comme celui de Saint-Etienne par exemple. La tribune du Führer aurait du accueillir 2 000 personnes.

Comme le bâtiment n'a jamais été achevé, les tribunes intérieures et le toit n'ont jamais été construits. La structure du toit, en acier, devait pesé 25 000 tonnes.   


 

L'intérieur devait ressembler à ça 

Mais il ressemble finalement à ça, les arbres n'étaient pas inclus dans le projet

Il faut un peu d'imagination pour y voir des colonnes et des tribunes, on peut être déçu mais le Colosseo de Rome n'est guère mieux loti. 

Après-guerre 

Il était naturellement hors de question de poursuivre les travaux après la guerre. L'idée de le détruire a été évoquée, mais le coût était prohibitif, sans compter la question de l'utilisation du terrain par la suite, il n'y avait aucun projet. En 1973, la Bavière décide de conserver le bâtiment tel quel.

 

Liens 

 

mercredi 28 janvier 2026

Je continue ma visite de l'interieur du U-995 à Laboe

 

Avant dernière partie des articles consacrés au U-Boot U-995 de Laboe, en Allemagne. Je poursuis, toujours en famille, ma visite de l'intérieur et nous nous dirigeons maintenant vers le milieu du bateau. Pour rappel, la visite extérieure est disponible ici, et celle de la salle des machines et du carré des sous-officiers est consultable ici. Mais avant cela, un petit rappel sur ce que nous visitons.

Le U-Boot VII C/41, petit rappel.

 
Le U-995 est un sous-marin allemand de type VII C/41. Il s'agit du Unterseeboot le plus populaire de l'histoire de la Kriegsmarine (la marine de guerre allemande) puisqu'il y a eu plus de 700 exemplaires fabriqués. Depuis le premier VII A sorti en 1933, il y a eu plusieurs évolutions, le U-995 est un modèle C/41. Ils ont été produits entre 1940 et 1945 et certains ont été équipés d'un schnorchel dès 1944. Le modèle exposé à Laboe est le seul exemplaire de ce type restant au monde .
 
Le U-995 est motorisé par deux moteurs diesel délivrant chacun 1400 chevaux soit 2800 chevaux, certaines sources indiquent aussi 3200 chevaux. Pour la navigation sous-marine, il a aussi deux moteurs électriques développant 750 chevaux chacun, soit 1500 chevaux. Le U-995, durant sa carrière allemande, n'a jamais été équipé d'un Schnorchel. Le sous-marin utilise la technologie hybride, comme nos voitures modernes.
 
Son armement est constitué de 4 tubes lance torpilles à l'avant, et d'un seul à l'arrière, diamètre 533 mm. Capacité maximum 14 torpilles. Un canon de 3,7 cm Flak M42U et deux Flak 38 de 20 mm, la menace aérienne étant de plus en plus présente au fil des ans.
 
La coque pressurisée du sous-marins était divisée en six compartiments
- Zentral, ou salle de contrôle en français. C'est la salle la plus résistante à la pression.
 
Il y avait cinq réservoirs à ballast. Pour la répartition des masses, un point très important dans un U-Boot, il y en avait un aux deux extrémités de la coque, deux dans les renflements latéraux et un dernier sous le  Zentral.

Il y avait également trois réservoirs de carburant diesel. Son rayon d'action théorique était de 15 170 km, mais il dépendait des conditions de mer. 

Son équipage se compose de quatre officiers et de quarante sous-officiers et marins. La capacité maximale de ce type de sous-marin est de 52 hommes.
 

Le Zentral

 
 
Nous nous retrouvons maintenant au centre du U-Boot

Sur cette excellente vue 3D : le Zentral avec les deux salles, radio et écoute, que nous allons voir dans cet article

Après le quartier des sous-officiers, que nous avons vu dans l'article précédent, nous franchissons maintenant la porte étanche, les pieds en avant pour les plus souples d'entre nous, afin de nous rendre directement dans le "Zentral", la salle de commandement, sous la responsabilité du Zentralmaat. 

Après le quartier des sous-officiers, nous allons franchir la porte étanche.

Nous entrons, lorsque tout à coup :
 
« Alaaarm ! » Le personnel qui était dans le kiosque dévale l'échelle étroite qui mène au Zentral. Le second et le timonier sont à leur poste de combat. Les commutateurs d'alarme indiquent déjà au LI que le bateau de 150 tonnes est prêt à plonger.
« Räume voraus ! » hurle le LI. Cela signifie que tous les hommes disponibles doivent immédiatement courir vers l'avant afin d'alourdir l'avant du bateau avec leur poids et de le faire descendre le plus rapidement possible. Le LI observe la balance de lestage située à tribord du Zentral. Le silence règne désormais dans le bateau, plus aucun vrombissement de diesel, plus aucun bourdonnement des ventilateurs, seulement le bruit de l'air qui s'échappe...
 
C'était l'ambiance dans le central du U-995. Un bateau qui a frôlé plusieurs fois la destruction, ce n'est pas rien, c'est une pièce historique par sa rareté mais avec une véritable histoire. Des jeunes ont frôlé la mort plusieurs fois dans ce sous-marin, pensez y quand vous le visiterez. 
 
Comme vous le verrez, le Zentral est divisé en deux parties, la partie navigation est la plus intéressante.

Film Das Boot
Scène tirée du film Das Boot : les sous-mariniers, en plein ravitaillement, franchissent la porte étanche et entrent dans le Zentral.
  
Depuis le Zentral, notez la petite barre qui permet de passer rapidement d'une salle à une autre les pieds en avant. Ma fille a excellé dans cet exercice. Nous avons les manivelles pour les ballasts

Maintenant, nous tournons notre regard vers la gauche, une licence en plomberie est exigée 

Ce n'est pas la partie la plus intéressante du Zentral, je vous l'accorde 
 
sonar Atlas-Echolot du U-995
L'atlas-echolot est un sonar
 

La partie navigation 

Die Deutsche Wochenschau

Scène tirée de "Die Deutsche Wochenschau". Nous voyons un officier penché sur sa carte
 
La tabler de navigation
La table pour la navigation
 
La table de navigation
La table des cartes du navigateur
   
Système de communication avec les marins en haut du kiosque 
 
Malheureusement comme beaucoup de sous-marin "musée", il n'est pas possible de monter dans la Turm. On voit le panneau du kiosque qui est ouvert par le commandant puisque c'est lui qui monte le premier
 
Le "poste de navigation" du U-Boot. Sur la droite, nous voyons plein de manivelles rouges, qui était surnommé "le sapin". 
 
Les Zentralgaast avec le timonier; scène tirée du film "Das boot". Comme nous pouvons le voir, les deux barreurs venaient du kiosque. 
   
Die Deutsche Wochenschau
Image tirée d'un Die Deutsche Wochenschau 
 
Les commandes des barres de plongées avant et arrière. Derrière le volant, deux boutons poussoirs qui étaient actionnés en début de plongée, "en dessous" et "en haut". Nous pouvoir voir leur utilité dans le film "Das Boot".
 
Pose de navigation à gauche
 
Tieffenmesser

Poste de navigation à droite
  
La jauge de profondeur, au dessus du bord inférieur de la quille comme cela est indique. Elle est datée de 1941  

La barre de direction située à la gauche des Zentralgaast

Maintenant nous tournons notre regard vers la gauche pour la barre de direction, le gouvernail, dénuée de volant. La manivelle bleue est pour la purge des ballasts.
 
Le gouvernail
 
Scène tirée du film Das Boot, le périscope d'observation
 
Le périscope d'observation est largement apprécié des touristes, on n'en doute pas. Le périscope d'attaque n'est pas visible.
 
Les degrés de rotation du périscope. Le câble, relié à un moteur, sert à monter le périscope. 
 
Depuis ce sas étanche ouvert, nous voyons à gauche l'emplacement de la couchette du Pacha

Maintenant nous franchissons un sas étanche et entrons dans une coursive où se trouve la couchette du capitaine, la Horchraum et la Funkraum. Les opérateurs d'écoute et de radio de garde gardent les yeux et les oreilles rivés en permanence sur l'appareil de radiodétection « Naxos » et sur l'appareil de radiogoniométrie actif . L'U 995 est équipé d'un récepteur de radiodétection  qui capte les signaux radar à ondes courtes et dispose d'une portée d'environ 12 kilomètres..
 

Funkraum

 
La salle radio est la pièce dans laquelle se trouvait la fameuse machine Enigma, utilisée pour coder et décoder les messages. Sous la pendule, on peut lire l'indicatif d'appel du U-995. Outre la réception d'ordres codés et la correspondance avec les autres U-Boote, le radio (Funker) était chargé du programme musical à bord. Il diffusait également les actualités allemandes. Les messages top secrets étaient directement transmis au capitaine, qui se chargeait de les décrypter.
 
Le radio, qui peut être aussi les oreilles du sous-marin, envoie un message codé 
  
A droite nous voyons l'appareil pour les messages en morse. La machine à écrire sert à taper au propre le journal de bord, précédemment écrit à la main par le capitaine. 

 

Horchraum

 
La salle d'écoute qui a fait transpirer à grosses gouttes de nombreux équipages, en premier lieu, l'opérateur avec son écouteur sur l'oreille. Le célèbre "Wasser bomb" sortait de cette petite pièce.
Métier technique, le Horcher pouvait être aussi au poste radio. Le capitaine du U-995, Hans-Georg Hess, raconte :
 
 "Sous l'eau, nous étions dépendant de la finesse d'écoute de l'hydrophoniste dans son local. Loin à l'est de Mourmansk le 26 décembre 1944, l'homme rapporta qu'un guardship russe avait été détecté à l'hydrophone à une distance de 40 nautiques. il avait entendu le bruit des pistons. Le U-995 fit surface  et prit un cap à 120 ° en direction du son. Au bout de 30 minutes, un chalutier armé arriva en vue et,   après une autre demi-heure, il fut coulé au canon (...) Pour cela, le Funkgast Alfred Ottine reçut la Croix  de fer de 1re classe."
 
Le Funkgast Alfred Ottine
 
Le pacha du U-995 nous raconte la rencontre avec un destroyer ennemi : 
 
« Es-dick ! » s'écrie un matelot. Comme la plupart des sous-mariniers qui n'ont jamais vu le mot « ASDIC » écrit, il le prononce à sa guise. Le faisceau ultrasonique encercle le bateau de plus en plus clairement. Un frisson parcourt les hommes.
Pinnge... Pinnge... Pinnge... C'est comme si les adversaires avaient d'abord tendu un filet invisible autour du sous-marin Le "Horcher" ne fait plus de rapport, le bruit strident et douloureux des hélices ennemies martèle les tympans de tous les hommes. D'une manière ou d'une autre, chacun sent que l'état de grâce touche à sa fin. " 
 
Une chasse au sous-marin durait généralement pas plus de 30 heures, ce qui est déjà beaucoup. 
 
La main du Horcher tente de trouver le bruit un bateau
 
La salle d'écoute et de détection, à gauche l'hydrophone

La petite boite, en face de nous, et le Fu MB 7 "Naxos" de la marque Telefunken 


La couchette du capitaine

 
La couchette est située en face des deux petites salles. C'est la seule qui est isolée des autres couchettes. On y trouve une tablette rétractable qui sert à la fois pour les repas et lorsque le capitaine travaille sur des cartes, par exemple. Le confort est relatif, mais il y avait tout de même un rideau pour un peu plus d'intimité.
 
La couchette-bureau du capitaine est à proximité de la radio et de la salle d'écoute
 
La couchette du capitaine, avec la table repliée.
 
Dans le prochain, et dernier article, nous prendrons la direction de la salle des torpilles.  
 

Si vous voulez en savoir plus sur les U-Boote

 
Je vous conseille la lecture du Hors-série n°9 du magazine Los ! 
Pour ce qui est des films, "Das Boot" est entré dans la légende, à voir surtout en version longue et en allemand sous-titré et pour encore plus de réalisme quelques numéros de Die Deutsche Wochenschau disponibles sur le net, le n°599 du 25 février 1942 ou le n°655 du 24 mars 1943.

 

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