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Waffen-Oberführer Puaud commandait le Régiment de Réserve lorsqu'il est grièvement blessé près de Belgard. Son corps n'a malheureusement jamais été retrouvé ou du moins identifié.
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Un français se souvient :
"après avoir contourné Belgard nous arrivons au trop grand jour dans un bois où à peine installés nous recevons des obus. débandade des hommes et chevaux sur un plateau où canons, chars, mitrailleuses tirent trop haut exprès, Dieu merci. Prisonnier vers 10h".
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Forêt près de Belgard, les Waffen SS français isolés
s'y engouffrent pour tenter d'échapper aux soviets. Quelques crosses de
fusils Mauser 98K, casques et boutons y ont été retrouvés. La photo a été prise a l'été, loin de l'ambiance hivernale de mars 1945.
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Belgard, la fin des combats
Comme
nous avons pu le lire, Belgard était un point de résistance essentiel.
Sans le sacrifice des défenseurs de la ville, une partie non négligeable
de la division Charlemagne n'aurait pas se replier vers l'ouest, et dans
un sens combattre à Berlin.
Odin Grenz est encore un enfant lorsqu'il doit quitter la ville de Belgard avec sa famille, il se souvient :
"Au soir du 3 mars 1945, il y eut à Belgard
une alerte aux chars. les habitants furent invités par haut-parleur à
quitter la ville en raison de l'approche de la zone de combats.
En
quelques minutes des centaines et des centaines de personnes se
rassemblèrent sur la place du Marché. Il n'y eut aucune organisation
pour ordonner le repli. Les habitants, pris de panique, se précipitèrent
hors de la ville, en direction de Kolberg, avec les paquets qu'ils pouvaient transporter.
Au même moment des éléments de la Wehrmacht
battaient en retraite dans la même direction. les fuyards entraînés
dans cette panique devaient continuellement libérer les voies d'accès
pour les militaires"...
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Les civils ont payer un lourd tribut
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..."Dans
le lointain nous entendions le grondement continu de la canonnade et le
ciel était rouge des fermes qui brûlaient. il n'y avait plus aucun
espoir de fuite vers Kolberg.
Je ne pardonnerai jamais aux hommes de l'Armée allemande de nous avoir abandonnés dans une situation aussi terrifiante. Il
y eut dans ma famille des personnes que la panique conduisit au
suicide.
Après deux jours dans la forêt, nous nous apprêtions à mourir. Subitement, à un carrefour dans les bois près de Belgard,
nous vîmes des officiers allemands en très vive discussion; ils
tenaient en main leur arme de service. Ma mère s'est avancée vers les
officiers et les a priés de nous ramener à Belgard. Cette prière fut immédiatement rejetée.
Sur
ce ma mère revint vers nous le pistolet en main pour nous tuer.
La dessus, un officier retrouva aussitôt son bon sens et donna des
ordres à des soldats qui jusque là s'étaient tenus en arrière-plan, deux
soldats qui étaient très fortement armés reçurent mission de nous
accompagner vers Belgard. Ces deux soldats nous avaient immédiatement redonné courage en raison de leur aspect martial.
Je
ne peux plus dire avec précision pendant combien de temps nous avons
marché à travers les bois. Pas davantage, je ne peux me souvenir s'il y
avait déjà des combats. Ma mère pleine de reconnaissance avait essayé
d'avoir une conversation avec les soldats, mais cela avait été à
l'évidence impossible; ils s'étaient contentés très amicalement
d'indiquer la direction de marche.
A la lisière de Belgard, dans le bois de la ville, ma mère avait redemandé la direction à suivre et remercié très chaleureusement les soldats. Nous
avons alors remarqué, à notre grand étonnement, que les deux aimables
soldats ne comprenaient pas un traître mot d'allemand !"
Sans le savoir, il ne le saura que de longues années plus tard, Odin Grenz venait de rencontrer des hommes de la Charlemagne, certainement du Bataillon Fenet.
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A la fin des combats des soldats français prisonniers seront gardés par les Soviétiques à la gare de Belgard.
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Dans la matinée du 5 mars, Belgard tombe, finalement la résistance aura été faible. La 1re Brigade de char entre dans la ville puis poursuit sa route tandis que la 20e Brigade est chargée de la nettoyer. Aux alentours de la ville, les troupes soviétiques ne
relâchent pas leurs efforts : dans les champs et les forêts, les unités
allemandes sont soit capturées soit anéanties. Selon les archives
russes, 1 300 soldats allemands auraient été tués et 500 faits prisonniers. 14 chars et 16 véhicules de transports blindés sont détruits. Les hommes
de Puaud figurent malheureusement dans cette liste. Le SS-Sturmbannführer de Vaugelas :
"Entre le débarquement de la division
en gare d' Hammerstein et le 5 mars 1945, les pertes de la division
s'élevaient à 600-700 hommes."
Un message officiel du Maréchal Joukov salue la prise de Belgard :
Pour
commémorer la victoire obtenue, les formations et les unités qui se
sont distinguées le plus remarquablement dans les batailles pour la
prise des villes de Belgard, Treptow, Greifenberg, Cummins, Gülzow et
Platte recevront des ordres.
Aujourd'hui,
6 mars, à 22 heures, la capitale de notre Patrie, Moscou, au nom de la
Patrie, salue les vaillantes troupes du 1er Front de Biélorussie, qui
ont pris les villes citées, avec vingt salves d'artillerie tirées de
deux cent vingt-quatre canons.
Pour
l'excellence des combats, je déclare ma gratitude aux troupes dirigées
par vous qui ont pris part aux batailles pour la prise des villes
nommées de Poméranie.
Gloire éternelle aux héros tombés dans les batailles pour la liberté et l'indépendance de notre patrie !
Mort aux envahisseurs allemands
L'occupation de Belgard
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Soldat polonais patrouillant dans une rue de Belgard, dans un film d'après-guerre naturellement. Cette photo nous montre que le centre de Belgard a plutôt été préservé des combats de mars 1945. Curieusement, les habitations en fond seront détruites bien après la guerre.
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Le même endroit il s'agit de la place Wolnosci, centre de la ville. Nous voyons les bâtiment, en arrière plan, reconstruits et totalement différents de ceux du film.
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Des polonais montés sur blindé lors de la prise de Belgard, toujours le même film toujours au même endroit mais en regardant au nord cette fois.
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Même lieu, notons toutefois qu'à l'arrière plan les maisons ont été rasées. Une manière comme une autre d'enlaidir la ville
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Combats d'arrière-garde à Körlin
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Vue ouest de Körlin avec la Persante, nous ne sommes qu'à quelques dizaines de mètres du cimetière
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Waffen-Hauptscharführer Walter organise la contre-attaque au nord-ouest de Körlin
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Le Waffen-Grenadier Blanc
de la compagnie Walter se souvient :
"Notre groupe a été placé sur le côté du petit chemin
menant de la ville au cimetière : je n'ai que le souvenir d'un tirs
d'armes automatiques incessant, très bas au dessus de nos têtes nous
étions évidemment en position couchée."
A propos de la mort de Maixandeau :
"J'ai d'abord appris qu'il venait d'être très gravement blessé dans le cimetière - puis, bien plus tard, qu'il était mort."
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Le Waffen-Unterscharführer René Maixandeau perd la vie dans l'attaque du cimetière de Körlin
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Un autre volontaire raconte :
"Notre
contre-attaque a peuplé la rivière d'étrange gargouillis : personne ne
peut rien pour ces blessés à demi-immergés, sans être immédiatement
mitraillé par l'autre; aussi bien, la température de l'eau ne leur
laisse guère de survie; un peu à droite, les ruines d'un pont font comme
un barrage de castor."
Pour l'arrière-garde sous forte pression ennemie il est dorénavant temps de décrocher.
Le 8e Corps blindé de la Garde avec le 20e Corps blindé de la Garde
investissent Körlin par l'ouest, depuis la Köslinerstraße. Selon les souvenirs des habitants, la ville n'était pas beaucoup endommagée.
Le Waffen-Grenadier Blanc se souvient :
"Dans
la situation où nous nous sommes retrouvés, il ne s'agissait plus de
"progression" à proprement parler, mais de sortir des lignes russes pour
rejoindre les nôtres, ce qui était de plus en plus problématique et
s'est finalement avéré impossible. le silence seul s'imposait (nous
avons alors tiré un seul coup de feu : une biche abattue pour
manger)."...
"Je
n'ai jamais perdu l'espoir; nous y étions encouragés par les bruits de
combat, lointains pour certains, que nous percevions fort bien : Dantzig, au nord, Kolberg
à l'ouest, d'autres secteurs à l'est. A la longue, un certain vide dans
la tête, une faiblesse croissante mais un vouloir-vivre toujours
présent."
La fin de Körlin, l'enfer pour les civils
Charlotte Woischke habitait Neustettin lorsque dans sa fuite elle décide de retrouver sa mère à Belgard, elle laisse un important témoignage sur les derniers jours de Körlin :
"Aux alentours du samedi 3 mars 1945, maman et Frau Wulff décident de partir le lendemain. j'ai senti que c'était la bonne chose à faire. C'était le soir où nous étions encore assis ensemble. Tout à coup la sirène d'alerte aérienne retentit. Le sirènes signifiaient "évacuations". Tout est allait très vite, nous nous sommes habillés, avons pris des ustensiles et des couvertures, et nous sommes partis dans la nuit brumeuse. J'avais encore mon vélo avec moi. Nous avons avancé très lentement. des milliers de personnes étaient à pieds. Après des heures nous sommes arrivés à Körlin.
Les enfants étaient fatigués, nous étions 30 personnes dans un tout petit espace. après un court sommeil, nous avons voulu aller plus loin. mais il n'était plus possible d'aller au-delà de Kolberg ou même de Treptow. Maintenant nous ne pouvions qu'attendre...
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L'école de Körlin utilisée par les réfugiés. Celle-ci construite en 1929 est encore debout, rue Traugutta, et sert toujours aux écoliers de la ville.
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...Nous sommes entrés dans l'école où dormaient plusieurs réfugiés mais nous n'avons pas pu y rester. Par hasard nous avons rencontré des amis qui ont mis leur maison à disposition.
Nous venions de finir de manger lorsque l'artillerie russe à tirer sur la petite ville. Tout le monde se précipita dans la cave. Nous étions environ 20 personnes.
La maison était de construction très légère. On peut imaginer comme ça tremblait à chaque coup. Nous restâmes de longues heures dans la cave en remarquant que les Russes se rapprochaient de plus en plus. Nous ne pouvions plus rester dans la maison. Je suis sorti pour pour voir où il y avait des maisons plus solides. J'ai demandé conseil à un volontaire français de la Waffen SS. Il a deviné que nous devions aller dans une autre maison.
Les Russes se tenaient devant la ville et ne pouvaient pas traverser les défenses de nos soldats sur la rivière Persante. Je suis allée chercher les autres dans la cave et nous nous sommes arrêté devant la maison du docteur Schleiss. La maison était la bonne. Nous sommes entrés mais des réfugiés étaient déjà là. La buanderie était libre, nous l'avons rendu confortable pour nous-mêmes. J'avais laissé mon vélo dehors, quand j'ai voulu le prendre il n'était plus là. peut être qu'un soldat l'a pris. Ce serait bien.
Je n'oublierai jamais cette nuit-là, j'étais éveillée toutes les 10 minutes, car la baignoire balançait toujours d'avant en arrière. (Charlotte Woischke dormait dans la baignoire). Mais la nuit est passée. La matinée commença par un tonnerre de canon. Nos volontaires SS se sont battus vraiment courageusement, mais sans chars ni armes plus puissantes, ils ne pouvaient rien contre la force supérieure des Russes. Le soir vient et les soldats ne purent plus tenir la ville.
Pendant que les soldats partaient, quelqu'un renversa un bidon de salpêtre. Tout le monde avait quitté la cave. Nous n'avions presque plus d'air à respirer.
Dehors les maisons brûlaient autour de nous, l'artillerie tirait en continu.
Que devions nous faire ? nous avons couru ici et là et avons atterri à nouveau à l'école. Mais des centaines de personnes étaient déjà là. Comme nous entrions dans la cave sombre, une odeur assez épouvantable vint vers nous. Mais plus rien ne nous importait. Comment nous avons dormi ? on ne peut pas le décrire. Dans un endroit assez petit, si vous aviez de la chance. Vous pouviez vous asseoir sur le sol en ciment. Les enfants s'asseyaient aussi dans leur propre crasse parce que personne n'osaient sortir.
Un autre jour, les tirs ont diminué, car nos soldats ne répondaient plus. Les gens étaient complètement épuisés. Tout le monde aspirait au silence et à la paix. des drapeaux blancs ont été hissés dans la ville.
La ville a émergé. Dans l'après midi du 6 mars, un mardi, les portes des caves s'ouvrirent et nous vîmes les premiers russes. je n'oublierai jamais non plus ce moment, jamais. Les femmes et les enfants allemands devaient sortir, les mains levées, et se rendre aux Russes.
Les Russes ont demandé toutes les montres et bagues. Les mains tremblantes de peur, tout a été donné. Après quelques heures, il a été annoncé que nous pouvions aller dans des quartiers privés. Nous sommes entrés dans la petite maison du village. Elle était à peine meublée. Nous avons remarqué que nous n'étions plus sous le règne allemand. Un Russe est entré dans notre maison et a voulu y vivre. Toutes les maisons étaient vides. Que devions nous faire ? les enfants ont été retirés du lit et nous étions à nouveau sans abri. Cependant, nous n'avons pas facilement quitté la maison, car les Russes ivres ont immédiatement demandé des femmes. Nous avions terriblement peur. J'ai échappé à un Russe sous ses bras et cela a attisé la haine. A l'école, nous nous sommes tous revus.
Mais ce n'était plus aussi calme qu'avant. alors que nous voulions juste partir, des coups de feu ont fusé. Il était impossible d'y rester. Encore une fois, nous avons couru plus loin. Nous ne connaissions ni rue, ni maison. Chaque maison était fermée à clé. il faisait déjà noir."
Lorsque Charlotte Woischke écrit dans son récit "Nos volontaires SS se sont battus vraiment courageusement", il s'agit évidemment des hommes du II./RM du Waffen-Hauptsturmführer Bassompierre dont les derniers éléments quittent la ville vers 22 heures, le 6 mars 1945. Ils laissent derrière eux les blessés les plus gravement atteints.
Eva Keiper se souvient :
"Le front se rapprochait de plus en plus. Nous sommes restés à Körlin et y avons vécu la fin de la guerre. J'étais à nouveau devant la porte d'entrée et j'ai vu les trois premiers Russes descendre la Köslinerstraße avec des mitrailleuses, puis les soldats, puis les chars. Les panzers (chars russes -ndlr) sont passés par la Kirchstrasse et se sont dirigés vers la Schlossstrasse."
Les soviétiques, chargés de nettoyer la ville, occupent les maisons des habitants, les femmes sont chargés de faire la cuisine, le linge, le ménage et puis il y a les drames, Eva Keiper raconte :
"Nous avons alors vécu ensemble des heures, des jours et des nuits terribles et avons quitté la maison le 7 mars 1945 - sans mon père. Ce jour-là, à 10 heures du matin, deux Russes lui avaient fait signe de sortir. Nous ne savions pas que papa n'était plus en vie. Il avait été abattu dans la cave."
C'est clair . Un grand merci ... très beau travail
RépondreSupprimerMerci à vous !
SupprimerBeau et très sérieux travail de recherche
RépondreSupprimerTres beau travail merci
RépondreSupprimerTrès intéressant !
RépondreSupprimerBonjour Pierre,
RépondreSupprimerComment pourrais-je vous contacter (Je n'ai trouvé aucun formulaire de contact ni adresse email sur votre site)? J'aimerais discuter avec vous de certains aspects de cet article !
Cordialement,
Max
Bonjour, il n'est pas possible de contacter l'un des rédacteurs de manière directe. Auparavant il y a avait la page facebook mais celle-ci n'est plus accessible pour un problème technique ou volontaire de la part de FB.
SupprimerC'est bien dommage Pierre. Vous mentionnez dans votre article sur la Charlemagne en Poméranie (et notamment à Körlin) certains participants sur lesquelles j'écris un ouvrage et il aurait été intéressant de recouper nos sources.
RépondreSupprimerSi l'absence d'accès est le résultat d'un souhait de discrétion / anonymat, vous pourriez par exemple créer une adresse email standard sur google. Cela pourrait nous fournir un moyen de communication tout en maintenant votre anonymat.
Cordialement,
Maxime
Non ce n'est pas une question d'anonymat ni de discrétion. Cet article est le résultat de plusieurs collaborateurs, photos et plans pour l'un, texte pour l'autre et assemblage par moi. il faut savoir que pour les photos je passe par un intermédiaire qui les a reçu lui même du "photographe". Par contre sur le blog, quand vous voyez un article avec une tombe et bien tout est fait maison, c'est à dire moi.
SupprimerMalheureusement pour vous, mes collaborateurs ne souhaitent -pour l'instant- aucun contact.
Hi there. I am fascinated with this story and me and my colleague trying to find the place of the massacre for the last 15 years. We are trying to find those people buried in our land to make a proper and respectful place to make them rest in peace.
RépondreSupprimerIf you have any info that would help us to find them we are able to provide you with accommodation so finally they will find the place to rest in respectfully peace, not on the field or in the forgein forest like the animals. Please get in touch with me if you have any valid information.
Kind regards,
Marcin
Bonsoir, je suis arrivé sur ce site par hasard, car je cherche des informations sur Grand-Jestin.
RépondreSupprimerMa famille était à Gross-Jestin en 1943-1945 et a vécu directement les événements des 3 et 4 mars. Mon grand-père a retrouvé plus tard trois soldats SS tombés au combat et les a enterrés.
Plus tard, il a été déporté avec 1000 autres personnes. Il a aussi parlé de quelques Français qui ont été emmenés avec lui au camp de Schneidemühl.
Merci beaucoup, j'ai maintenant eu l'occasion de détailler certains détails dans notre chronique familiale.
Cordialement
Martin